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Lorsqu'on est orateur, on a un grand privilège que les auditeurs n'ont pas : celui notamment de pouvoir se lever et de s'étirer ! Or l'une des choses que j'ai apprises dans ma vie spirituelle, c'est l'importance du corps. J'invite donc ceux qui le souhaitent à se lever et à se détendre un bref moment. (…) Vous avez la liberté de vous lever, mais aussi de vous rasseoir !
Cela fait plus de vingt ans que j'ai quitté les GBEU, mais ce que j'ai vécu aux GBEU ne m'a pas quitté. Les quelques réflexions que j'aimerais partager avec vous s'articulent autour de trois mots : le premier, c'est reconnaissance ; le deuxième, c'est rayonnement, et le troisième, c'est requête.
Le premier mot, c'est donc reconnaissance. Je sais que je ne suis pas très original en disant cela, mais certaines des plus belles amitiés que j'ai pu vivre et qui ont continué jusqu'à aujourd'hui, c'est grâce aux GBEU que je les dois. J'y ai rencontré notamment celle qui est devenue et restée ma meilleure amie, et bien plus qu'une amie, puisqu'elle est mon épouse. Quand j'étais étudiant, GBU voulait autant dire « Groupes Bibliques Universitaires » que « Gérance Belles Unions » ! Et j'imagine que cela n'a guère dû changer. La qualité de vie partagée, l'importance de la foi vécue, la force d'un engagement commun, tout cela créé des relations fortes. Lorsque je pense à ces amitiés qui ont traversé les années, je ne puis qu'être reconnaissant aux GBEU.
Reconnaissance aussi pour la profonde expérience de foi chrétienne et de réflexion, de communauté et de communication. Et ces différentes dimensions ont été très importantes pour moi. Comme beaucoup d'entre vous, j'ai de très beaux souvenirs de vie de groupe et de camps. Et je considère comme un privilège d'avoir pu connaître grâce aux GBEU des théologiens et des ministères de qualité. Il est difficile de commencer à citer des noms, parce que je serai obligé, j'imagine, de mentionner la moitié de la salle ! Mais voilà, il y a certaines personnes grâce auxquelles je suis devenu ce que je suis aujourd'hui et je pense en particulier à Christian van den Heuwel, à Roland Benz et à Jean-Claude Schwab parmi bien d'autres, et je tiens vraiment à remercier les GBEU pour ces rencontres.
Reconnaissance aussi pour la diversité ecclésiale. Le fait d'avoir pu, grâce aux GBEU, non seulement découvrir la riche diversité protestante -de pouvoir apprécier aussi bien les évangéliques que les réformés-, mais aussi d'avoir pu vivre de belles amitiés avec des catholiques et des orthodoxes, cela m'a profondément marqué. Et si je me suis impliqué par la suite dans le dialogue oecuménique et le dialogue interreligieux, mes expériences de base, je les ai vécues là. Je peux aussi dire que si je suis aujourd'hui professeur de théologie œcuménique et de théologie des religions à l'Université de Genève, c'est bien parce que, dans mes expériences fondamentales, j'ai appris à vivre quelque chose de ce respect des uns des autres, au sein de la tradition protestante d'abord, puis auprès d'autres.
Il est vrai que mon engagement par la suite auprès de croyants d'autres religions a fait grincer les dents de l'un ou l'autre secrétaire. Mais c'est égal, il y a une liberté que j'ai apprise et que j'ai reçue des GBEU. Quand on discerne une vocation, quelles que soient les réactions qu'elles suscitent, si l'on sent que c'est son appel, et bien on y va, en tout cas, ce fut mon cas. Et je suis reconnaissant aussi pour cette liberté. Alors voilà, le premier mot c'est reconnaissance pour le bel élan reçu.
Le deuxième mot, c'est rayonnement. Pas plus tard qu'il y a deux jours, je me suis retrouvé par hasard avec un professeur de géographie à l'Université de Lausanne : Jean-Bernard Racine. Or c'est un homme qui a aussi beaucoup reçu des GBE. Il m'a encore redit que c'est par le travail des GBE qu'il a pu vivre un cheminement de foi qui l'a marqué jusqu'à aujourd'hui. Jean-Bernard Racine est un homme qui a eu un grand rayonnement à l'Université de Lausanne. Il y a quelques semaines, j'ai participé à une rencontre de responsables de facultés de théologie du Nord et du Sud pour réfléchir à la formation des étudiants. Nous étions deux représentants de la Suisse, moi-même et Pierre-Yves Brandt pour qui les GBEU ont aussi été un stimulant important. Pierre-Yves Brandt est actuellement le doyen de la faculté de théologie et de science des religions à l'Université de Lausanne. Au niveau universitaire je pourrais citer bien d'autres personnalités rayonnantes qui ont été marquées par le mouvement.
Et lorsque je vois la salle ici, je suis frappé de voir combien de postes clés -aussi bien dans les milieux réformés que les milieux évangéliques- sont occupés par des étudiants qui sont passés par les GBEU et ont été nourris par eux. C'est un fruit qui est encourageant et stimulant. Si je mentionne tout cela, c'est que je crois aussi que si de bonnes relations dans le cadre de nos églises peuvent se vivre entre réformés et évangéliques, c'est souvent parce qu'au niveau des GBEU nous avons créé des amitiés, et que nous avons su nous apprécier mutuellement. Et cela aussi est un rayonnement des GBEU.
Un souvenir peut-être plus personnel, mais c'est un souvenir dont je suis fier aussi. En l'an 2000, il y a eu de nombreuses célébrations dans différentes cathédrales de Suisse pour marquer le deux millième anniversaire du Christ. Il s'avère qu'à la cathédrale de Genève, c'était Christian van den Heuvel qui présidait cette célébration. Et au même moment je présidais la célébration ayant lieu à la cathédrale de Lausanne. « Présider » n'est pas le mot… car j'espère que c'est le Saint-Esprit qui présidait ! Cela dit, j'étais fier de penser que voilà, c'était aussi un fruit des GBEU que de pouvoir vivre cela, d'avoir su rassembler des personnes de toutes les confessions et d'avoir pu mettre en route des célébrations vivantes.
Ainsi, rayonnement est le deuxième mot : rayonnement au niveau des universités et rayonnement au niveau des églises. Bien sûr je dois rajouter rayonnement au niveau de la société, car dans de multiples secteurs d'anciens étudiants des GBEU s'y sont engagés avec cœur et compétence.
Je vais terminer avec le troisième mot : requête. Je déclinerai le mot « requête » sous quatre termes.
Le premier terme, c'est confiance. Il me semble qu'au cœur de l'identité des GBEU, il y a une confiance en Dieu qui fait confiance aux jeunes. En tout cas, c'est comme cela que je l'ai vécu. J'ai beaucoup reçu des secrétaires qui avaient une confiance profonde en Dieu, le Dieu de la Bible, qui lui-même fait confiance aux jeunes. Lorsqu'on est jeune, souvent on hésite, on est timide et l'on tremble, ne sachant pas très bien si l'on est compétent ou non. Etre accompagné par des personnes qui nous disent : ce n'est pas moi qui vais prendre ta place, je vais t'enseigner certes, je serai à tes côtés, mais je m'efface, je t'élève, car tu peux. Je crois en toi parce que Dieu croit en toi. Et cette force-là, cette confiance reçue et cette confiance donnée, c'est aussi quelque chose qui m'a profondément marqué dans tout mon engagement. Et ma requête est que les GBEU garde cette confiance-là et la transmette à la génération suivante.
Le deuxième terme, c'est créativité. Cela a déjà été mentionné, les GBEU sont un mouvement fragile, institutionnellement fragile. Mais le revers de cette fragilité, c'est la liberté ! Aux GBEU vous connaissez une certaine forme de liberté qui vous donne une créativité certaine ! Dans la manière d'imaginer et de vivre des études bibliques, les camps, l'évangélisation, la formation… et cette créativité, si vous la perdiez, ce serait une perte immense. Continuez d'explorer cette créativité qui est une sorte de laboratoire, un lieu d'expériences nouvelles, qui pourront féconder un jour la vie des églises et de la société. Ma requête, c'est que cette créativité, vous ne la perdiez pas.
Le troisième terme, c'est compétence. Compétence au niveau intellectuel, spirituel, relationnel ; compétences bibliques et théologiques ; compétences communautaires et interdisciplinaires… Ces compétences sont très importantes. Ce que j'ai reçu, au niveau de mes études, c'est vraiment cette articulation : Croire, penser, agir comme le dit votre affiche. (On pourrait rajouter « se taire » ! En effet lorsqu'on va dans un monastère, comme les GBEU m'ont appris à le faire, on apprend aussi à faire silence, à écouter et c'est aussi une compétence). Or cet apprentissage de la compétence consiste à pouvoir exceller si possible dans son domaine. Je me souviens d'un pasteur qui disait : « Si tu as le charisme d'être boulanger, ne sois pas simplement un bon boulanger, deviens un excellent boulanger ». Je crois que c'est aussi une vocation des GBEU que de dire, « quel que soit votre domaine, la foi vous stimule à devenir non seulement un bon étudiant, mais si possible un excellent étudiant ».
Le dernier terme, c'est coopération. Comme déjà signalé, j'ai beaucoup apprécié la coopération inter-protestante aux GBEU, car c'est une vraie force. Or j'ai beaucoup reçu aussi de la coopération internationale, notamment grâce à l'IFES. Ne perdez jamais cette ouverture non plus. Aujourd'hui aucun problème ne peut être appréhendé sans une réelle ouverture à ce qui se passe ailleurs dans le monde. Selon moi, la coopération œcuménique est aussi vitale, et c'est un domaine peut-être plus faible des GBEU, selon les périodes. A partir d'une identité protestante claire, j'espère que vous aurez toujours ce désir de rencontrer des étudiants d'autres confessions chrétiennes pour pouvoir travailler ensemble chaque fois que cela est possible. Et la dernière coopération, celle qui reste souvent fragile, c'est la coopération avec les Eglises. Les rapports entre « Eglises » et « mouvements para ecclésiaux » ne sont jamais simples. Ce qui est bien structuré et très institutionnel se méfie toujours des mouvements trop libres. Et la méfiance est souvent réciproque. Pourtant chacun a besoin de l'autre. Alors voilà je termine. Ces trois mots -reconnaissance, rayonnement, requêtes- résument ce que je voulais vous dire. Si j'ai beaucoup reçu des GBEU, mon souhait et ma prière pour les générations présentes et futures, c'est que vous puissiez continuer de recevoir et de transmettre plus loin ce beau trésor.